Le droit à l'avortement aux Etats-Unis, en Pologne et en France : un recul après l'autre
23/09/2022

Le droit à l’avortement est un droit fondamental

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Le droit à l’avortement est un droit fondamental, constitutif avec la contraception de l’émancipation des femmes, donc de leur liberté et de la lutte pour l’égalité femmes-homme. L’interdiction n’empêche pas les avortements mais place les femmes dans l’illégalité et les expose à des risques en termes de santé : ainsi, une femme meurt toutes les 9 minutes des conséquences d’un avortement clandestin dans le monde. Depuis quelques années, ce droit est fortement menacé. La mobilisation reste entière.

UNE MENACE ACCRUE SUR LE DROIT A L'IVG

En termes de droit à l’avortement, l’année 2022 est inquiétante.

En effet, le 24 juin 2022, la Cour Suprême des Etats-Unis provoquait la stupeur partout dans le monde en annulant l’arrêt Roe vs Wade, qui avait ouvert le droit à l’avortement en 1973. Dans la foulée, 18 Etats américains ont officiellement rendu illégal l’avortement, sauf dans quelques rares cas exceptionnels mettant en danger la vie de milliers de femmes.

Depuis le jeudi 15 septembre 2022, en Hongrie, les femmes souhaitant avoir recours à une IVG (interruption volontaire de grossesse) en Hongrie doivent désormais être confrontées «aux fonctions vitales du fœtus», en écoutant les battements de son cœur (à noter que de fait dans les deux premiers mois il s’agit d’un embryon et non pas d’un fœtus d’un point de vue médical). L’objectif est simplement de rendre le parcours un peu plus traumatisant pour les femmes.

L’Italie pourrait être le prochain pays sur la liste de ceux limitant ou interdisant ce droit fondamental.

Les conséquences sur la santé des femmes sont catastrophiques, l’heure est à l’action.

La menace sur ce droit est la conséquence directe d’attaques ultra-conservatrices très bien financées dont certaines visent directement les Etats-Unis, où ils ont réussi leur tour de force et l’Europe dont la France. Les oligarques russes, les milieux religieux ultra-conservateurs, particulièrement américains sont à l’origine de ces attaques avec des financements de leur mouvement à hauteur de 707 millions d’euros et la France est un des pays vers lequel l’argent a le plus afflué (1). Grâce à ces financements, ces groupes ont des sites sur l'avortement avec des tchats, ils organisent des groupes de trolls et faux profils en vue d'insulter et intimider les personnes sur les réseaux sociaux, ils mènent un important lobbying politique et prennent de l'espace dans les médias (par exemple avec un film anti-choix récemment diffusé sur C News). Il est urgent d’agir pour protéger ce droit fondamental en France.
Manifestation pour le maintien du droit à l'avortement à Paris

Les conséquences dramatiques de l'interdiction de l'IVG

La situation aux Etats-Unis comme en Pologne est délétère pour la santé des femmes, physique et également mentale, et donnent lieu à des situations insensées.

Ainsi, en Pologne, au moins deux femmes sont mortes parce que les médecins ont eu peur de pratiquer un avortement tant que le fœtus était encore en vie alors qu’il y avait un risque grave pour la santé de leurs mères.

Aux Etats-Unis, en deux mois, une adolescente orpheline s’est vu refusé le droit à l’avortement sous prétexte qu’elle est trop immature pour une telle décision et qu’aucun de ses deux parents ne pouvait donner son autorisation (étant donné qu’ils sont décédés). Absurdité relevée notamment par une élue démocrate de l’Ohio, Joyce Beaytty  « Dans quel monde une personne de 16 ans est trop immature pour se faire avorter, mais assez mature pour porter et élever un enfant ? »

Une autre femme n’a pas pu avoir accès à l’avortement lorsqu’elle a appris que son futur enfant ne sera pas viable ou seulement quelques minutes à quelques heures car la malformation dont souffre le fœtus, l’acrânie, n’est pas énumérée dans la liste des exceptions permettant l’avortement en Louisiane.

Une fille de 10 ans enceinte suite à un viol s’est vu refuser l’avortement par un juge. Heureusement, elle a pu se rendre dans un état voisin, mais cela rajoute au traumatisme initial et implique de trouver des financements.

D’autres cas adviennent les uns après les autres, montrant la violence et la solitude auxquelles doivent faire face ces femmes et ces filles dont le droit à disposer de son corps est bafoué.

Protéger les femmes et leurs droits en France

La situation dans ces pays pourrait advenir en France si nous baissons la garde.

Parce que ces menaces sont réelles, il faut agir, et vite :

  • Il est essentiel de sanctuariser le droit à l’avortement et à la contraception dans la Constitution comme le réclament les associations de défense des droits des femmes depuis de nombreuses années. Ainsi, 8 personnes sur 10 sont pour la constitutionnalisation de ce droit en France.
  • Il faut également assurer l’accès effectif à ce droit et faciliter l’accès à une information juste permettant de connaître ses droits et les moyens de les exercer. En effet, c’est sur le terrain de l’information qu’agissent les mouvements anti-IVG via des sites qui brouillent les cartes, induisent les internautes en erreur et bloquent l’accès des personnes à l’exercice de leurs droits.

 

Ainsi, le travail de plaidoyer auprès du gouvernement pour la constitutionnalisation du droit à l’avortement avance. En parallèle, nous soutenons une initiative novatrice du Planning Familial. Ce dernier va développer et lancer rapidement de nouveaux outils numériques pour répondre aux usages et contrer la diffusion de mauvaises informations.

Pour cette raison, la Fondation des Femmes va allouer une dotation exceptionnelle de 200 000 euros au Planning familial pour permettre la création et le lancement d’un tchat en vue d’informer les femmes sur leurs droits concernant la sexualité, la contraception et bien sûr l’avortement.

Cette initiative sera financée grâce aux fonds collectés dans le cadre du Gala annuel de la Fondation des Femmes qui s’est tenu lundi 4 juillet à Paris et via une collecte exceptionnelle auprès du grand public, sensibilisé à la défense des droits des femmes et à l’égalité femmes-hommes.

Mon corps mon choix
Manifestation pour le droit à l'avortement à Paris, juin 2022, pour rappeler la fragilité des droits des femmes

(1) L’European Parliamentary Forum for sexual and reproductive rights en 2021 estime que 707,2 millions de dollars US ont été reversés en 10 ans par des organisations conservatrices venues principalement des Etats Unis et de la Russie à des mouvements anti-genre pour financer notamment des initiatives anti-avortement.

Grâce aux dons, la plateforme sera déployée et animée par une équipe de “tchateurs et tchateuses” formé.e.s pour interagir rapidement avec chaque personne, et notamment les plus jeunes, souhaitant de l’information sur tout le territoire.

Nous voyons sur le terrain combien les femmes peinent à obtenir une information juste et une orientation qui répond à leurs besoins en matière de contraception et d’avortement. » témoigne Sarah Durocher, co-présidente du Planning familial.

Lorsque nos droits n’avancent pas ils reculent – sanctuariser le droit à l’avortement est impératif mais il faut aller plus loin : assurer à toutes l’accès à une information juste et sincère sur l’avortement.

 

À propos du Planning familial 

Le Planning familial est un réseau de plus de 80 associations qui informent et orientent sur des questions liées aux sexualités, la contraception, l’avortement, la prévention des violences sexistes et sexuelles et la promotion de l’égalité de genre, sur tout le territoire français. Ses actions d’accueil, d’éducation à la vie affective et sexuelle  et de formation des professionnels auprès d’une grande diversité de publics en font un acteur central de la promotion des droits sexuels et reproductifs.