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Manifeste pour une Loi intégrale – Discours du 8 juin 2026

08/06/2026

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Nous représentons ce soir les 150 associations, ONGs et syndicats de la coalition féministe et enfantiste pour une loi intégrale contre les violences sexuelles faites aux femmes et aux enfants. 

Notre coalition est historique. Les féministes et les enfantistes mènent un même combat. Le combat contre les violences sexuelles. Le combat contre les violences masculines. Le combat contre le patriarcat. Le combat contre l’impunité. Le combat contre un système qui protège davantage les agresseurs que les victimes. Le combat pour que le gouvernement agisse enfin pour améliorer la prévention tout autant que le combat pour la justice et pour la réparation. Nous vivons quand même dans un drôle de pays qui protège le moins son bien le plus précieux : les enfants.

Si nous sommes ici ce soir, ensemble, pour organiser cet évènement, et avec vous dans presque 200 villes de France, c’est pour crier ensemble notre peine et notre colère suite au meurtre de Lyhanna.

Comme vous toutes et tous, nous avons découvert qu’avant d’être assassinée, des signalements existaient. Que des plaintes existaient. 

Malgré cela, elle n’a pas été protégée. Lyhanna aurait dû être en vie. Elle aurait dû être en train de dîner avec sa famille. Elle aurait dû être en train de rire avec ses amies. Elle aurait dû avoir un avenir.

Lyhanna, c’est l’injustice de trop. Parce qu’elle rejoint aujourd’hui la longue liste des femmes et des enfants victimes de viols, d’inceste, de féminicide ou d’infanticide que notre pays n’a pas su protéger, nous vous proposons maintenant un moment de recueillement. Pour Lyhanna. Pour sa famille. Pour ses amies. Pour toutes les victimes enfants, pour toutes celles et ceux qui ne sont plus là parce que les institutions ont regardé ailleurs. Pour toutes les survivantes et survivants de violences sexuelles, qui se battent pour garder la tête hors de l’eau, une minute de silence.

Notre peine ce soir n’a d’égale que la colère. Lyhanna n’est pas morte parce qu’on ne savait pas quoi faire. Lyhanna est morte parce qu’on a refusé de faire ce qu’il fallait. 

C’est l’injustice, l’aveuglement  de trop. Une injustice et un aveuglement qui ne sont pas le seul fait d’un ou une juge, d’un procureur ou d’une procureure. Cette injustice et cet aveuglement  sont  organisés par des responsables politiques qui ont décidé, depuis 10 ans, de regarder ailleurs. Qui ont décidé, depuis 10 ans, de ne pas nous écouter.

De ne pas prendre en compte les alertes remontées par toutes les associations et le système judiciaire. Qui ont décidé que cette cause ne méritait pas qu’on y mette les moyens. Un système dont les responsables politiques connaissent parfaitement les failles. Un système qu’ils ont choisi, consciemment, de ne pas réparer.

Un système que nous dénonçons depuis des années : #Metoo a déclenché une avalanche de plaintes, 3 fois plus qu’avant 2017. Face à cela,  il y a eu 94% de classement sans suite dans les affaires de viol. Des classements faute de preuve mais surtout faute de moyens d’enquêter. Et faute de volonté politique au sommet d’en faire une priorité.  77 mois entre la première plainte et le final de la procédure. 1% des violeurs condamnés.

Lorsque 160 000 enfants et plus de 100 000 femmes sont victimes chaque année de violences sexuelles, ce n’est plus une série de faits divers. C’est un phénomène de masse. Une violence systémique. Une urgence nationale.  Et un gouvernement qui ne protège pas ses enfants doit rendre des comptes. 

S’il se décide, la solution est déjà là. Nous avons travaillé 140 mesures de la loi intégrale, qui exigent une véritable politique publique coordonnée au plus haut niveau de l’État. Stop aux petites annonces. Stop aux petits budgets. Stop aux excuses. Nous voulons des actes.

La vérité est simple : Lyhanna n’est pas morte parce que nous manquions de solutions.
Lyhanna est morte parce que nous manquions de volonté politique.

Quand un pays dépense davantage pour réparer les conséquences d’un problème que pour l’empêcher, il a déjà fait un choix.

Aujourd’hui, l’État dépense quelques dizaines de millions d’euros contre les violences sexuelles. Pour des centaines de milliers de victimes. Pour des dizaines de milliers d’enfants.

L’Etats dispose de 2 fois moins de juges et 4 fois moins de procureurs que la moyenne européenne. Les tribunaux manquent cruellement aussi de personnels administratifs, ces petites mains invisibles, souvent des femmes, sans qui le système judiciaire ne peut pas fonctionner.

Et ensuite, les mêmes responsables politiques s’étonnent que les associations soient débordées. Que les psychologues manquent. Que les enquêteurs manquent. Que les magistrats manquent.

Nous ne manquons pas de diagnostic. Nous manquons de courage politique.

Nous demandons 3 milliards d’euros pour lutter contre les violences sexistes et sexuelles.

Mais à quoi serviraient ces moyens ? À réparer, bien sûr. À soigner. A protéger. À enquêter. À juger.

Mais surtout à empêcher. Car la plus grande victoire contre les violences sexuelles ne sera jamais une condamnation, La plus grande victoire sera le viol qui n’aura jamais eu lieu. 

Féministes et enfantistes, nous savons que la meilleure lutte contre les violences sexuelles, c’est la prévention. Nous ne voulons pas seulement que les violeurs soient condamnés, nous voulons d’abord et avant tout ne pas être violés.

La prévention, c’est la lutte contre la culture du viol. Le combat pour l’égalité filles-garçons.  La sensibilisation des professionnels, de toutes et de tous. À l’école. Dans les clubs sportifs. Dans les familles. Dans les entreprises. Dans les médias.

Nous avons depuis 2001 une loi qui prévoit trois séances d’éducation à la vie affective et sexuelle par an. Elle ne commence à être appliquée que depuis cette année avec l’EVAR et l’EVARS. C’est crucial de réaliser cette prévention et cette détection aussi auprès des enfants dans le lieu où on les retrouve tous obligatoirement : l’école. Car on le sait : 3 enfants par classe sont victimes.

En face, on laisse pulluler des plateformes dont le modèle économique repose sur la violence. Une industrie pornographique qui érotise l’humiliation, l’inceste, la domination, le racisme et la misogynie. Des sites internet qui permettent l’échange de conseil sur comment violer sa femme ou ses enfants.

Nous refusons que les contenus pédocriminels continuent à prospérer. Nous refusons que les vidéos de viol circulent plus vite que les décisions de justice. Nous refusons qu’une industrie multimilliardaire continue à fabriquer les agresseurs de demain. 

 

Pour celles et ceux qui y survivent, les violences sexuelles ne s’arrêtent pas le jour où elles cessent. Elles sont une longue déflagration. Dans les cauchemars. Dans le corps. Dans la santé. Dans les études. Dans le travail. Elles continuent parfois pendant des décennies.

Et pourtant l’accès aux soins reste un parcours du combattant. Nous demandons le remboursement intégral du psychotraumatisme. Des centres spécialisés. Une prise en charge immédiate.

Parce que la reconstruction n’est pas un luxe. C’est un droit.

Toutes les trois minutes. 

Pendant que nous parlons ici.
Pendant que nous pensons à Lyhanna.
Pendant que nous manifestons.
Un enfant est victime de violences sexuelles dans notre pays.

Toutes les trois minutes.

Et pourtant nous continuons à douter de la parole des enfants. 

Il y a bien eu dans notre pays une Commission sur l’Inceste et les Violences sexuelles faites aux Enfants, la CIIVISE, porteuse de mesures pour protéger les mineur.e.s des agresseurs. Mais rien n’a été fait. Où sont passées les recommandations de la CIIVISE ?  

En s’appuyant sur le travail de la CIVIISE, nous demandons l’introduction d’une infraction d’inceste spécifique, l’imprescriptibilité de ces crimes, l’instauration d’entretiens individuels annuels avec les enfants pour mieux repérer les situations de danger. Et l’abandon de toute référence au prétendu “syndrome d’aliénation parentale”, car notre système maltraite les mères protectrices, livrant leurs enfants à leurs agresseurs.

Les enfants parlent, écoutons-les, croyons-les !

Signataires

Coalition enfantiste et féministe pour une Loi intégrale contre les violences sexuelles

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