Le lundi 8 juin à 19h, des dizaines de citoyen·es sont sortis de chez eux pour se rassembler dans toutes les villes de France.
Devant les tribunaux judiciaires de près de 200 villes, des parents, des enfants, des associations, des femmes et des hommes se sont mobilisés pour crier leur peine et leur colère.
Pour Lyhanna. Assassinée alors qu’elle aurait pu être protégée. Des plaintes, des signalements contre son tueur présumé avaient été déposés. Et la justice, notre système judiciaire français, n’a rien fait. Comme l’a rappelé Anne-Cécile Mailfert, notre présidente : “Lyhanna n’est pas morte parce qu’on ne savait pas quoi faire. Lyhanna est morte parce qu’on a refusé de faire ce qu’il fallait.” Comme tant d’autres enfants et de femmes avant elle, cette tragédie est aussi le résultat de la passivité de responsables politiques qui refusent d’examiner et de voter des lois qui permettrait de protéger réellement les enfants et les femmes victimes de violences sexuelles.
Le rassemblement Place Vendôme interdit hier au dernier moment
L’interdiction en dernière minute du rassemblement organisé place Vendôme fut une gifle envoyée à toutes les victimes. Cette décision irresponsable, prise sans doute pour des motifs politiques, n’a pas empêché des milliers de personnes de se rassembler Place Vendôme, malgré l’interdiction.
Notre mobilisation Place Louis Lépine, aux côtés de celles et ceux engagés dans la protection des femmes et des enfants
La Fondation des femmes a choisi de se rassembler hier Place Louis Lépine pour pouvoir s’exprimer en toute sécurité, aux côtés de nombreuses personnalités et associations engagées, ainsi que de la chanteuse Suzanne
Au cours de la soirée, les organisations membres de la Coalition pour une loi intégrale ont rappelé l’ampleur des violences sexuelles et de l’impunité en la matière en France :
- La France compte deux fois moins de juges et quatre fois moins de procureurs que la moyenne européenne ;
- Les plaintes pour violences sexuelles sont trois fois plus nombreuses qu’avant #MeToo ;
- 94 % des affaires de viol sont classées sans suite ;
- Il faut en moyenne 77 mois entre une première plainte et la fin de la procédure ;
- Seul 1 % des violeurs est condamné ;
- Chaque année, 160 000 enfants et plus de 100 000 femmes sont victimes de violences sexuelles.
La Fondation des femmes, Face à L’inceste, Caméléon, le Collectif Féministe Contre le Viol, le CFOMM, la CGT, la FSU, le CNDF, le Syndicat de la Magistrature et NousToutes ont pris la parole sur scène pour exprimer leur colère collective face à cette immense et incompréhensible injustice. La foule, les intervenantes et les personnalités ont affirmé leur exigence de voir la loi intégrale contre les violences sexuelles faites aux femmes et aux enfants mise à l’ordre du jour de l’Assemblée Nationale dans les plus brefs délais.
La chanteuse Suzane a ensuite levé le poing pour chanter son titre “Je t’accuse”, repris en choeur par la foule pour qui ses paroles résonnaient hier plus que jamais :
“Mais t’en as rien à faire, toi.
Ça sera qu’un nom d’plus sur la liste
Dans un fait divers, dans un tiroir
Des tonnes de vies classées sans suite
Mais tu vas rien faire, toi
Et c’est bien ça le problème
Justice, est-ce qu’on doit
Te faire nous-mêmes?
À nos côtés se tenaient également Caroline Darian, Flavie Flament, Enora Malagré, Marine Léonardi, Marie Portolano, Grégoire Ludig (pour n’en citer que quelques-uns) venus pour réclamer ce que nous demandons depuis déjà 2 ans : l’inscription à l’agenda parlementaire de notre loi cadre intégrale contre les violences sexuelles.
La loi intégrale : ce qu’elle aurait changé pour Lyhanna, et pour tous les autres
La loi intégrale, c’est plus de 140 propositions proposées par des associations féministes, syndicats, juristes, défenseur.es des droits humains et expert.e.s, qui ont mis en commun leur expertise pour apporter enfin une réponse globale et cohérente à un problème massif : les violences sexuelles faites aux femmes et aux enfants.
Cette proposition de loi prévoit un socle d’enquête minimal obligatoire pour chaque plainte déposée, pour que les faits soient réellement investigués et non classés sans suite faute de moyens. Elle prévoit la mise en place d’ordonnances de protection immédiates pour toutes les victimes de violences sexuelles, quel que soit leur lien avec l’agresseur ;
ainsi que l’éloignement obligatoire de l’agresseur quand la sécurité de la victime est en cause.
Cette loi permettrait de mieux prévenir les violences, protéger les victimes, améliorer les enquêtes, rendre la justice plus efficace et garantir une véritable réparation.
Cette loi intégrale a été déposée à l’Assemblée Nationale par une coalition de 110 parlementaires en décembre 2025. Alors qu’elle tardait à être mise à l’ordre du jour, la présidente de l’Assemblée Nationale en a fait la demande hier après-midi et a saisi de Conseil d’Etat en ce sens. Après les mobilisations massives de la journée, le Premier ministre a à son tour demandé l’examen, par le Conseil d’Etat, de cette loi en vue de sa mise à l’agenda.
Ces signaux sont positifs, mais nous devons continuer de nous mobiliser. La loi intégrale doit être mise à l’agenda parlementaire. Maintenant.
Pour que plus jamais les enfants, et les femmes ne soient les victimes de notre système défaillant.
Si ce n’est pas encore fait, nous vous invitons à rejoindre les presque 200 000 signataires de notre pétition pour une loi intégrale !
Après l’immense élan citoyen de ces derniers jours, nous avons la conviction que le gouvernement ne peut plus refuser d’entendre cette exigence de justice et de protection. Nous continuerons bien sûr à vous tenir informé·es des suites de cette mobilisation.
Merci à toutes celles et ceux présents ce 8 juin : la lutte continue !