La deuxième édition du baromètre des associations féministes de la Fondation des Femmes, menée en 2026 auprès de 120 associations, montre que leur situation continue de se dégrader.
Entre 2016 et 2025, le nombre de femmes et d’enfants accompagné·es par les associations interrogées a presque doublé, mais 43 % d’entre elles sont contraintes de refuser des bénéficiaires. Le projet de loi de finances (PLF) pour 2027 affiche une hausse mécanique du budget de l’égalité, liée à l’aide universelle d’urgence, qui ne profite pas aux capacités d’accueil des associations. La Fondation des Femmes appelle le Gouvernement à revoir sa copie et les parlementaires à se mobiliser en ce sens.
En septembre 2026, la Fondation des Femmes alertait déjà : la demande explose, les moyens s’effondrent. Un mois plus tard, l’analyse du PLF 2027 confirme la tendance. Sous l’effet direct des choix budgétaires nationaux et locaux, la crise des associations féministes s’installe durablement.
Baromètre des associations féministes 2026 : une crise devenue structurelle
Dix ans à documenter le sous-financement des associations
Depuis sa création il y a dix ans, la Fondation des Femmes documente la situation des associations féministes et les financements publics qui leur sont consacrés.
En 2023, l’étude de la Fondation des Femmes « Où est l’argent contre les violences faites aux femmes ? » établissait que, sur 184,4 M€ de crédits de l’État dédiés à la lutte contre les violences sexistes et sexuelles, seuls 20,9 M€ finançaient l’accompagnement des victimes par les associations.
En 2025, le premier baromètre, « Ne leur fermons pas la porte », révélait que 71 % des associations répondantes étaient en situation financière dégradée.
28 associations sur 30 sans retour à la normale
La deuxième édition du baromètre a été menée auprès de 120 associations, dont 88 accompagnent directement des femmes et des enfants. Elle permet pour la première fois de suivre l’évolution de leur situation d’une année sur l’autre.
Le constat est sans appel. Parmi les associations accompagnatrices interrogées en 2025 et en 2026, 28 sur 30 n’ont connu aucun retour à la normale. La crise n’est plus conjoncturelle, elle est devenue structurelle.
L’impact de MeToo mesuré pour la première fois auprès des associations
L’enquête 2026 porte également sur l’augmentation des besoins depuis le mouvement MeToo, mesurée pour la première fois auprès des structures de terrain. Elle témoigne de besoins en très forte augmentation, en cohérence avec la hausse des faits enregistrés par la police et la gendarmerie ces dernières années.
Des besoins en forte hausse, des femmes et des enfants laissés sans réponse
Près de 290 000 personnes accompagnées en 2025
En 2025, les 88 associations accompagnatrices répondantes ont à elles seules accompagné près de 290 000 personnes : 219 059 femmes et 70 206 enfants. Ces personnes étaient victimes de violences, en situation de vulnérabilité ou en quête d’accès au droit.
L’augmentation continue des violences déclarées au niveau national a conduit au développement du secteur associatif féministe, qui s’organise pour répondre à l’urgence.
4 000 femmes et enfants refusé·es dès l’été 2026
Les moyens ne suivent pas. Selon le baromètre, 43 % des associations interrogées sont contraintes de refuser des bénéficiaires. À l’été 2026, elles avaient déjà dû refuser 4 000 femmes et enfants, autant que sur toute l’année 2025.
Un refus d’accueil qui met des vies en danger
Pour les femmes qui ne peuvent pas être accueillies, il s’agit d’une mise en danger directe : c’est précisément au moment où la victime part et demande de l’aide que le risque de féminicide est le plus élevé.
Selon les chiffres du ministère de l’Intérieur publiés en octobre 2026, 111 femmes ont été victimes de féminicide par conjoint ou ex-conjoint en 2025, un chiffre en hausse pour la deuxième année consécutive.
PLF 2027 : une hausse du budget de l’égalité qui ne profite pas aux associations
Le Gouvernement assure que « le soutien aux associations luttant contre les violences sexistes et sexuelles sera conforté ». Ses propres documents budgétaires disent l’inverse.
Programme 137 : 90 % de la hausse absorbés par l’aide universelle d’urgence
Dans le PLF 2027, le programme 137 progresse de 7,63 M€ (+7,7 %) pour atteindre 106,28 M€. Ce programme porte l’essentiel des crédits de l’égalité et de la lutte contre les violences.
Mais 90 % de cette hausse finance à nouveau la montée en charge mécanique de l’aide universelle d’urgence, une prestation que l’État est de toute façon tenu de verser. Ce n’est pas une ambition nouvelle, c’est une obligation comptable.
Ce que le PLF 2027 prévoit réellement pour les associations
Pour les associations, le compte n’y est pas :
- les deux grandes actions qui les financent n’évoluent que par un simple transfert de 1 M€ entre elles (déplacement des financements Ségur de l’action 25 vers l’action 24) ;
- les crédits de sensibilisation, divisés par deux en 2026, ne sont pas rétablis ;
- l’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle (EVARS), pourtant obligatoire à l’école, n’obtient que 0,1 M€ supplémentaire ;
- hors ces ajustements, les crédits de lutte contre les violences sont stables, donc en baisse une fois l’inflation prise en compte.
Accueils de jour et lieux d’écoute : une fusion qui menace les territoires ruraux
Le Gouvernement prévoit de fusionner les 294 accueils de jour et lieux d’écoute en un dispositif unique. Leur financement serait ramené de 13,4 M€ à 12,3 M€. Des dispositifs déjà saturés perdraient ainsi plus d’un million d’euros, au risque d’affaiblir le maillage territorial.
Les territoires ruraux seraient les premiers touchés. Selon la Délégation aux droits des femmes du Sénat, la moitié des féminicides y sont commis, alors qu’ils ne représentent que 30 % de la population. Dans le baromètre de la Fondation des Femmes, 21 centres d’information sur les droits des femmes et des familles (CIDFF) sur 23 les désignent déjà comme les plus impactés.
Budget voté, budget dépensé : le précédent des gels de crédits
Une aide universelle d’urgence systématiquement sous-évaluée
Les députées Julie Delpech et Marie-Charlotte Garin l’ont documenté dans leur rapport n°2114 pour la Délégation aux droits des femmes de l’Assemblée nationale : l’État sous-évalue systématiquement l’aide universelle d’urgence. 28,5 M€ ont dû être ouverts en fin d’année 2024. En 2025, 29 M€ ont été dépensés pour 20,4 M€ prévus.
Pour combler l’écart, l’État a gelé des crédits sur l’ensemble du programme 137. Selon le rapport annuel de performances 2025, 5,17 M€ ont été gelés dès janvier, puis 4,3 M€ supplémentaires en mai. Pendant des mois, des crédits destinés aux associations ont été rendus indisponibles, et les dégels ont bénéficié en priorité à l’aide universelle d’urgence.
En 2027, le même scénario est déjà écrit
L’enveloppe 2027 de l’aide universelle d’urgence n’augmente que de 6 %, alors que le nombre d’aides versées a bondi de près de 25 % au premier semestre 2026.
L’aide universelle d’urgence est une avancée réelle pour les victimes et la Fondation des Femmes la salue. Mais elle ne remplace pas l’accompagnement et c’est précisément cet accompagnement que l’État ne finance pas à la hauteur des besoins. Faute de moyens nouveaux, le programme 137 se transforme en budget de prestation, au détriment du tissu associatif.
Loi intégrale : sans budget intégral, une promesse
La loi intégrale contre les violences sexuelles a été adoptée par l’Assemblée nationale. La Fondation des Femmes le rappelle : sans budget intégral, elle restera une promesse.
Ce que la Fondation des Femmes demande à l’État
La lutte contre les violences faites aux femmes ne peut pas reposer sur des associations mises en difficulté. La Fondation des Femmes appelle l’État à :
- garantir aux associations des financements pluriannuels et stables ;
- verser ces financements dans les temps ;
- compenser les charges et la hausse des besoins.
La Fondation des Femmes appelle le Gouvernement à revoir sa copie et les parlementaires à se mobiliser en ce sens. Les vies des femmes et des enfants ne peuvent pas servir de variable d’ajustement budgétaire.
Questions fréquentes sur le baromètre des associations féministes
Qu’est-ce que le baromètre des associations féministes ?
Le baromètre des associations féministes est une enquête de la Fondation des Femmes sur la situation des associations féministes en France. Sa deuxième édition, publiée en 2026, a été menée auprès de 120 associations, dont 88 accompagnent directement des femmes et des enfants. La première édition, « Ne leur fermons pas la porte », est parue en 2025.
Quelle est la situation des associations féministes en 2026 ?
Selon le baromètre 2026 de la Fondation des Femmes, la crise du sous-financement des associations féministes est devenue structurelle. Parmi les associations accompagnatrices interrogées en 2025 et en 2026, 28 sur 30 n’ont connu aucun retour à la normale. 43 % des associations interrogées sont contraintes de refuser des bénéficiaires. À l’été 2026, 4 000 femmes et enfants avaient déjà été refusé·es, autant que sur toute l’année 2025.
Le PLF 2027 augmente-t-il les moyens des associations contre les violences faites aux femmes ?
Pas pour les associations. Le programme 137 progresse de 7,63 M€ pour atteindre 106,28 M€, mais 90 % de cette hausse finance l’aide universelle d’urgence. Les deux grandes actions qui financent les associations n’évoluent que par un transfert de 1 M€ entre elles. Hors ces ajustements, les crédits de lutte contre les violences sont stables, donc en baisse une fois l’inflation prise en compte.
Que demande la Fondation des Femmes ?
La Fondation des Femmes appelle l’État à garantir aux associations des financements pluriannuels, stables et versés dans les temps, ainsi qu’à compenser les charges et la hausse des besoins. Elle demande au Gouvernement de revoir sa copie et aux parlementaires de se mobiliser en ce sens. Ceci est essentiel pour garantir aux femmes vulnérables, victimes de violences ou qui souhaite accéder à leurs droits un accompagnement professionnel et adapté.
Soutenir les actions de la Fondation des Femmes
Les associations féministes accompagnent toujours plus de femmes et d’enfants avec toujours moins de moyens.
En attendant que l’État prenne ses responsabilités, la Fondation des Femmes poursuit son action aux côtés des associations de terrain pour renforcer leurs capacités d’accueil, d’écoute et d’accompagnement.
Soutenir la Fondation des Femmes, c’est agir concrètement pour que les femmes et les enfants victimes de violences ne restent pas sans réponse.